Texte

« Ce qui est mystique ce n’est pas comment est le monde, mais le fait qu’il est. » - Ludwig Wittgenstein

A mis chemin entre la philosophie et l’art mon travail a pour ambition de donner corps au monde. C’est par acte d’arrachement ou de donation que mes objets sont matérialisés et montrés à travers deux catégories au sein de mon travail : les reliques et les incarnations.

Une relique est un objet rencontré au hasard du quotidien que je montre après l’avoir « arraché » au milieu auquel il appartenait. C’est par l’absence de projet précédant la rencontre de l’objet que celui-ci m’est en quelque sorte révélé, dès notre rencontre en raison de son caractère déconnecté à son milieu. Il n’a aucune traduction conceptuelle en lui-même, son essence est proprement notre rencontre. L’objet arraché est montré et exposé dévoilant ainsi son caractère corporel, ce qui était recouvert avant qu’il n’ait été arraché (bien qu’il ait été révélé justement pour son aspect déjà déconnecté). Cette corporéité dévoilée de l’objet dévoile dans un même temps le monde dans ce qu’il a de corporel. Etant moi-même élément de ce corps total, mon acte d’arrachement monstratif a donc été le monde corporel qui s’est retourné sur lui-même.

Une incarnation est un objet que je montre après lui avoir donné la matérialité nécessaire à la manifestation d’un principe physique (gravité, vie…) ou à la traduction conceptuelle d’une idée (infini, néant). Contrairement aux reliques l’objet succède à un projet et a été pensé. Le principe ou l’idée au travers de l’objet montré permet de les faire apparaître en tant qu’ils existent immatériellement. Ce caractère immatériel montré et matérialisé dévoile le monde dans ce qu’il a d’incorporel. Ma pensée étant elle-même incorporel, mon acte de donation monstratrice a donc été le monde incorporel qui s’est montré lui-même.

Dans un cas comme dans l’autre mes objets manifestent l’être.